Quelle est la différence entre la SF et la fantasy ?

, par  Laurent , popularité : 25%

J’aime la SF et je le revendique. Dans cet article, je reprends à mon compte un long commentaire que j’avais écrit sur un autre blog pour expliquer la différence entre la Science-Fiction et la Fantasy à quelqu’un qui ne voyait pas quels étaient les limites du genre. Cet article ne s’adresse qu’aux curieux, car les geeks et autres fans sauront déjà faire la différence ; tandis que ceux qui jurent que par le mainstream passeront cet article avec tout le dédain qui est dû à ces sous-genres.

Coller des étiquettes est parfois réducteurs pour les genres auxquels elles s’apposent. Toutefois ces étiquettes sont bien pratiques pour ranger ses bouquins dans sa bibliothèque ou tout simplement pour savoir de quoi on parle. Nonobstant, les frontières sont parfois très floues.

Pourtant les deux genres, SF et fantasy, proposent des visions du monde totalement imaginaire. Mais une grande différence oppose les aspects de ces mondes imaginaires. Tout se joue dans les mécanismes créateurs de ceux-ci. Dans l’un, l’imaginaire repose sur le rationnel. Dans l’autre, l’imaginaire repose sur l’irrationnel.

Voici donc ci-dessous des tentatives de définition de ces deux genres. Je conçois qu’elles sont subjectives et ne relèvent que d’une analyse qui m’est toute personnelle.

La Science Fiction

À l’origine, la Science Fiction, ou SF [1], est un genre romanesque qui vise à extrapoler les effets d’une science ou d’une technologie ̶qu’elle soit en développement ou imaginaire ̶ dans une Fiction. Normalement, il n’y a rien d’irrationnel dans un récit SF. Tout est sous le contrôle de la Science ou des Lois de la Nature.

Bienvenue à Gattaca

C’est pour ça qu’on parlera de SF quand on parle de voyages sur Mars ou de robotique. L’exemple type est Bienvenue à Gattaca qui pose les problèmes de la montée en puissance de l’eugénisme et de la génothérapie.

Fahrenheit 451

Il existe un sous-genre basé sur les sciences sociales qu’on appelle Politique-Fiction. Dans lequel ou pourrait y inscrire 1984 ou Fahrenheit 451 par exemple. D’autres sous-genres existent comme le cyberpunk spécialisé dans le futur très proche et très technophile ; Le steampunk, où l’on écrit un roman comme auraient pu l’écrire Vernes ou Wells ; l’uchronie, où l’on réécrit l’histoire passée telle qu’elle aurait pu être si un élément précis n’avait pas eu lieu ; le post-apocalyptique, où l’on décrit le monde après une catastrophe globale...

La fantasy

La fantasy prend sa source dans le féérique ou le merveilleux. C’est dans les mythes et les légendes pré-chrétiens, et aussi dans les chansons de geste et les contes médiévaux que l’on doit chercher son inspiration.

Ici, point de science, point de rationnel, mais de la Magie. Il est vrai que l’anglicisme « fantasy » est trompeur et nous fait confondre avec un autre genre : le fantastique.
En français le vrai nom de ce genre serait le « merveilleux ». Il est peu usité car il fait trop penser au monde des fées et des lutins, et non pas assez au torses huileux de barbares bodybuildés. En anglais on parlera d’« heroic-fantasy » pour ajouter un côté épique aux contes. De temps en temps on parle de médiéval-fantastique, mais c’est assez réducteur au moyen-âge européen.

Conan le barbare

Car la fantasy peu s’inspirer de multiples cultures : Aztèques, Hindoues, japonaises... et de multiples époques : Égyptiennes, Grecques, Celtes, Perses... Voir tout mélanger et opérer un brassage gigantesque. Il n’y a pas de limite dans l’imagination des auteurs de fantasy, car c’est l’irrationalité qui domine et libre à ces auteurs d’inventer la cosmogonie qu’ils désirent. J’aime particulièrement pour cela l’inventivité de China Miéville dans ses romans Perdido Street Station et Les Scarifiés [2].

Le Seigneur des anneaux (et ses dérivés) est l’exemple typique d’un univers de fantasy, dans lequel Tolkien invente en totalité l’historique, sur plusieurs générations, d’un monde complètement imaginaire, basé sur les mythes Celtes et inspiré des épopées grecques.

Le Seigneur des anneaux

Cadeau bonux, j’ajoute pour vous une troisième définition :

Le fantastique

Le fantastique, c’est irruption dans un monde connu et rationnel d’un élément irrationnel. Celui-ci qui peut faire naître la peur ou l’angoisse. Si l’on devait respecter les canons français du genre ; dans un roman (ou un film) fantastique réussi, le lecteur ne devrait jamais savoir si l’irrationnel se produit réellement ou si tout provient du délire psychiatrique des personnages. Le Horla de Maupassant en est le meilleur représentant du genre. Dans les canons britanniques, l’irrationnel qui fait irruption dans le réel est clairement établie comme vrai. L’exemple type est Dracula de Bram Stoker.

Dracula

Le genre fantastique est issu du courant romantique au XIXe en révolte contre l’esprit des Lumières et de leur rationalisme étouffant qui écartaient la passion et les affects de la société humaine moderne et industrielle qui devait se construire.

Mon opinion sur tout ça

Personnellement, autant j’adore la SF, autant j’ai beaucoup de mal avec une grosse part de ce qui est produit en fantasy. La science-fiction permet souvent une critique ou une mise en abîme de notre société en montrant la direction dans laquelle elle pourrait se diriger. Elle sert la prospective et à travers ses visions futuristes, elle permet de nous interroger sur notre société actuelle.

La fantasy, quant à elle, est très souvent un fourre-tout plein de n’importe quoi. Le genre est très caricatural et malgré les possibilités, elle se renouvelle finalement peu. Les histoires se ressemblent beaucoup les unes des autres et les personnages y sont très caricaturaux. Pris dans leurs affects, ils prônent dans la plus grande majorité des valeurs d’honneur imbécile et de virilité exacerbée ; et saluent des traditions passéistes et réactionnaires. Sans compter le manichéisme forcené de toute cette soupe.

Voici mon opinion sur ce genre par lequel je n’ai été enthousiasmé qu’à de très rares exceptions. Par contre, la fantasy est un excellent terrain de jeu pour les rôlistes de tout poil.

Mais surtout, ce que je déteste par dessus tout, c’est quand à la Fnac, ils classent les romans de fantasy mélangés avec les romans de SF, en ne faisant aucun distinguo. Ça, je ne supporte pas !

Petit jeu

Maintenant, une colle. À l’aide des définitions ci-dessus dans quel genre doit-on classer Avatar ? Harry Potter ? Alien ? La Guerre des Étoiles ?

[1SF, que l’on a longtemps appelé « Anticipation » en France au cours des siècles derniers.

[2Les Scarifiés que je suis en train de finir.